Jour du mouvement du 1er mars (삼일절) : pourquoi est-ce férié en Corée ?

par Lucile TD

En 1919, la péninsule coréenne (pas encore divisée en deux telle qu’on la connaît aujourd’hui) est sous occupation japonaise – officiellement depuis 1910, officieusement depuis la mise en place du protectorat nippon en 1905. Même si la colonisation du territoire coréen ne prend fin qu’au sortir de la seconde guerre mondiale en 1945, le 1er mars 1919 est retenu comme un jour clé dans l’indépendance de la Corée face à l’envahisseur. Aujourd’hui, le 1er mars est un jour férié en Corée du Sud, et on vous explique pourquoi !

Reconstitution des manifestations de 1919 © much.go.kr

1er mars 1919

Après des années de soumission à l’État japonais, qui réprime peu à peu la culture du peuple coréen et tente d’imposer sa culture comme seule culture légitime dans la péninsule coréenne, nombreux sont les petits groupes s’opposant à la colonisation et réclamant la libération de la Corée, mais aucun n’arrive à s’imposer face à la puissance du Japon, toujours plus menaçante et sévère.

Petit pays encore inconnu du reste du monde à l’époque, et écrasé par ses puissants voisins (Japon et Chine notamment), la Corée comprend rapidement qu’elle ne pourra pas compter sur l’aide de pays étrangers pour retrouver sa liberté. Alors qu’en février 1919, la conférence de la paix de Paris – événement majeur de l’Histoire – commence ses premières négociations afin de rétablir la paix dans le monde suite aux atrocités et lourdes pertes engendrées par la première guerre mondiale, la Corée tente en vain de faire entendre sa voix en envoyant des représentants à Paris. Mais seules les grandes puissances mondiales arrivent à tirer leur épingle du jeu, et les États comme la Corée se retrouvent – une fois de plus – ignorés et relayés au second plan.

C’est donc le 1er mars 1919 que l’Histoire coréenne fait un grand pas en avant. Travaillant ensemble dans l’ombre depuis des mois, trente-trois activistes de la résistance – dont 최남선 (Choe Nam Seon), un des leaders du mouvement – se réunissent ce jour-là dans un petit restaurant de Séoul baptisé « 태화관 » (tae-hwa-gwan) pour y lire la déclaration d’indépendance de la Corée. Ce document évoque très clairement la volonté des Coréen(ne)s à retrouver leur indépendance, et dénonce les atrocités de la colonisation : suppression de la culture coréenne (par la force notamment), corruption du gouvernement coréen face aux forces japonaises, impôts disproportionnés, oppression du peuple par l’armée nippone, volonté d’annihilation de la langue coréenne, exploitation des ressources de la Corée et de sa main d’œuvre au profit du Japon, saisie des terres agricoles etc.

Reconstitution de la déclaration d’indépendance © Oh My News

Même si pour beaucoup, le 1er mars 1919 se solde par un échec puisqu’il n’a pas mené à une libération immédiate de la Corée, mais uniquement à l’arrestation et l’emprisonnement des activistes par les autorités japonaises, il est tout de même retenu comme date importante car il est l’instigateur d’un mouvement qui a su prendre de l’ampleur au fil des années, à la fois pour la liberté de la péninsule coréenne, mais aussi pour l’arrivée d’un régime plus démocratique. Avec pas moins de deux millions de résistants coréens, nombreuses sont les victimes et blessés graves à déplorer, ainsi que les dizaines de bâtiments publics et privés détruits dans le but de réprimer l’ensemble des manifestations mises en place par les Coréen(ne)s. Mais la résistance tient bon pendant des mois, jusqu’à ce que le Japon n’assène un coup fatal à cette opposition en 1920. Il faut ensuite attendre 1945, soit quarante ans après les prémices de la colonisation japonaise, pour que la Corée retrouve son indépendance.

Commémoration

C’est le 24 mai 1949 que le 1er mars est officiellement déclaré comme jour férié en Corée du Sud et ainsi appelé « 삼일절 » (sa-mil-jeol). Le 1er mars est également un jour reconnu comme important en Corée du Nord, mais n’y est pas férié.

Célébrations du 1er mars © Lee Jin-nam

Le plus grand symbole de cette commémoration est aujourd’hui le drapeau de la Corée du Sud « 태극기 » (taekeukki) qui représente l’émancipation de la Corée du Sud, et la capacité du pays à entretenir et promouvoir ses valeurs, sa culture, sa langue et ses coutumes.

Chaque année, une lecture officielle de la déclaration d’indépendance de la Corée a lieu à Séoul, au Parc Tapgol (탑골 공원), lieu où le mouvement d’indépendance de 1919 a historiquement démarré. Mais d’autres endroits sont importants pour le recueillement, comme la prison de Seodaemun (서대문형무소), où les prisonniers de la résistance étaient enfermés.

À noter :
En 2019, le centenaire de cet événement a été célébré, sous la présidence de Moon Jae In. Dans toute la Corée du Sud, de nombreux hommages ont été rendus aux résistants qui se sont battus pour la liberté des Coréen(ne)s d’aujourd’hui !