Cinq musiciens, un rock aux multiples facettes et une bonne dose de mélancolie : voilà la recette de can’t be blue. Originaire de Corée du Sud, le groupe indépendant explore les émotions les plus complexes, entre tristesse, amour contrarié et autodérision, sans jamais se limiter à un seul registre musical. Après la sortie de son premier album studio éponyme en juin dernier, et une collaboration remarquée avec HAN (Stray Kids) sur le titre can’t love, le quintette poursuit son chemin avec Fxxkin’ Rockstar, un single aussi énergique que décalé. Désormais lancé dans sa toute première tournée européenne, le groupe s’apprête à rencontrer son public français lors d’un concert à Paris le lundi 9 novembre. L’occasion de découvrir cinq artistes qui revendiquent une musique sincère, où les émotions n’ont pas besoin de traduction.

Pour celles et ceux qui découvrent can’t be blue pour la première fois, pourriez-vous vous présenter et nous parler un peu du groupe ?
Bonjour, nous sommes can’t be blue. Nous faisons une musique qui raconte des histoires personnelles autour de la tristesse et de la dépression que chacun porte en soi.
Votre nom, can’t be blue, sonne comme une véritable déclaration. Comment sa signification a-t-elle évolué depuis la création du groupe ?
Notre nom est à prendre au pied de la lettre : nous ne pouvons pas être tristes (Ndlr : en anglais « blue »). Pourtant, nous chantons à propos de la dépression, ce qui peut sembler contradictoire. Sur scène, nous déversons toutes ces émotions sombres et nous espérons que les auditeurs pourront, eux aussi, se libérer de leur poids en les partageant avec nous. Cette idée n’a pas changé depuis nos débuts. En revanche, nous la ressentons aujourd’hui encore plus fortement, car nous avons rencontré davantage de personnes qui se reconnaissent véritablement dans notre musique.
Votre premier album studio, can’t be blue, est sorti en juin dernier. Qu’aviez-vous envie de révéler sur le groupe avec cet album que vos précédentes sorties ne permettaient pas encore d’exprimer ?
Nos précédentes sorties véhiculaient des sentiments de tristesse plus profonds et plus directs, tandis que cet album studio raconte ce qui vient après le passage de la tempête. Dans l’ensemble, je pense que nous avons essayé d’exprimer une certaine méfiance envers les émotions liées à l’amour, ainsi qu’un état de détachement émotionnel, presque froid.

L’album navigue entre rock, pop et soul, avec des morceaux tantôt mélancoliques, tantôt énergiques, tout en conservant une véritable cohérence. Comment décidez-vous de la direction musicale que doit prendre une chanson ou un album ?
Honnêtement, tout se fait de manière très spontanée. Dès qu’une idée ou un sujet nous vient à l’esprit, nous nous mettons immédiatement au travail. Il nous arrive de ne pas être totalement satisfaits du résultat, mais nous pensons que cette spontanéité est justement ce qui rend nos chansons les plus authentiques. Ce qui assure la cohérence de l’ensemble, c’est le sentiment qui se trouve derrière chaque morceau. Quel que soit le son, nous essayons toujours de raconter la même histoire, sincère et légèrement triste.
Votre dernier single, Fxxkin’ Rockstar, affiche un titre particulièrement audacieux et énergique. Qu’est-ce qui vous a inspiré cette chanson et que signifie être une rockstar pour can’t be blue ?
Nous avons écrit cette chanson pendant la préparation de l’album et nous avions initialement prévu de l’y inclure. Mais elle nous semblait un peu différente de l’ambiance générale du disque. Elle s’est également révélée suffisamment bonne pour exister par elle-même, alors nous avons décidé ensemble de la sortir en single indépendant.
En apparence, le morceau est plutôt amusant, mais les paroles conservent notre habituelle autodérision. Le narrateur rêve de devenir une rockstar et souhaite obtenir l’amour d’une fille qui adore les rockstars. Alors, il jure et en fait des tonnes. Nous appelons cela un « cri haut en couleur ». Pour nous, une rockstar est quelqu’un que nous essayons encore de devenir, et non quelqu’un que nous sommes déjà.
Vous participez tous au processus créatif, de l’écriture et de la composition jusqu’aux arrangements et à la production. Comment parvenez-vous à faire cohabiter cinq personnalités musicales différentes sans perdre l’identité du groupe ?
Pour un album, notre chanteur s’occupe généralement de la production et construit le fil conducteur de l’ensemble, tandis que les univers de Chaehyun et Dahyun viennent compléter le disque. Pour nos arrangements live, Hwuiwon dirige le travail avec Daehun, ce qui vient parfaire notre identité musicale. Je pense que le plus important est de parvenir à réunir toutes ces contributions autour d’un seul et même message, chacun ayant son propre rôle.
Lorsque vous travaillez ensemble sur une chanson, qu’est-ce qui vient généralement en premier : une mélodie, des paroles, une sonorité particulière ou une émotion ?
Je pense que l’émotion passe avant tout. Lorsque nous trouvons le sentiment qui constituera le message principal de l’album, puis que l’histoire se dessine, nous commençons à travailler. Ensuite, qu’il s’agisse de la partie instrumentale ou des paroles, nous avançons en fonction de ce qui vient naturellement.
can’t love, votre collaboration avec HAN de Stray Kids, a permis à votre musique de toucher un public beaucoup plus large en dehors de la Corée. Comment cette collaboration a-t-elle vu le jour et qu’avez-vous appris en travaillant avec lui ?
HAN appréciait déjà notre musique à l’origine. Nous avons eu l’occasion de discuter un peu par hasard, l’idée d’une collaboration est venue naturellement et il a accepté avec enthousiasme. Ce fut une expérience totalement nouvelle pour nous. Ce que nous avons surtout appris, c’est la manière dont un artiste issu d’un environnement très différent aborde une chanson. Observer HAN travailler nous a apporté un nouveau regard sur notre propre processus créatif. Ce morceau a également permis à de nombreuses personnes en dehors de la Corée de découvrir notre musique, et nous lui en sommes très reconnaissants.
Votre musique aborde souvent des émotions complexes ou douces-amères, plutôt que de simplement parler de tristesse. Y a-t-il un sentiment auquel vous revenez régulièrement lorsque vous composez ?
Probablement cette forme de tristesse un peu pathétique et autodérisoire : ne pas se sentir à la hauteur, tout en ayant toujours envie d’être aimé. Nous pensons que la tristesse est quelque chose que chacun porte tout au long de sa vie, c’est pourquoi nous y revenons constamment. Nous aimerions également explorer le sentiment de nostalgie et de manque un jour.
Vous avez construit votre carrière de manière indépendante. Quelle est la plus grande liberté que cela vous apporte en tant que musiciens ?
La liberté de tout décider nous-mêmes, de l’écriture de la musique au choix du moment où nous souhaitons la sortir. Fxxkin’ Rockstar en est un bon exemple : nous avons pu décider de publier le morceau en single à part, plutôt que de chercher à tout prix à l’intégrer à l’album.
À l’inverse, quelle est la plus grande difficulté lorsqu’on est un groupe indépendant en Corée aujourd’hui ?
Tout faire par nous-mêmes est à la fois une liberté et un fardeau. À nos débuts, nous réservions les salles et rencontrions les équipes de production par nos propres moyens. Nous jouions dans de tout petits clubs et des cafés de Hongdae. C’était difficile, mais nous sommes fiers d’avoir tout géré nous-mêmes, de A à Z, et nous sommes reconnaissants pour chacun des concerts que nous avons pu donner.
Vous entamez votre toute première tournée européenne. Jouer vos chansons devant un public qui ne comprend pas forcément le coréen change-t-il votre manière de les interpréter sur scène ?
Pas vraiment. Que les gens comprennent le coréen ou non, ce que nous souhaitons partager reste le même. Nous sommes convaincus que les émotions dépassent les mots et nous espérons que notre musique et les sentiments qu’elle véhicule toucheront directement le public. Nous sommes très curieux de voir comment les spectateurs reprendront nos chansons.

Qu’est-ce qui vous a le plus surpris dans les réactions à votre musique en dehors de la Corée jusqu’à présent ?
Le festival Emergenza, en Allemagne. Les membres du jury ne parlaient pas coréen, mais notre honnêteté et notre sincérité les ont tout de même touchés. Nous sommes ainsi devenus le premier groupe coréen à remporter le concours du festival depuis sa création en 1992. Cette expérience nous a montré que les émotions transmises par notre musique pouvaient véritablement franchir la barrière de la langue.
Vous vous produirez à Paris le 9 novembre. Y a-t-il quelque chose que vous aimeriez particulièrement découvrir chez le public français ou sur la scène musicale parisienne ?
Nous avons envie de ressentir l’énergie du public français et de voir comment il réagira à nos chansons tristes. Nous espérons entendre les gens chanter avec nous. Et bien sûr, nous aimerions goûter un véritable croissant entre deux répétitions !
Quelle atmosphère souhaitez-vous créer lors d’un concert de can’t be blue ? Y a-t-il quelque chose que le public peut vivre en live et qu’il ne retrouve pas nécessairement dans vos enregistrements ?
Nous voulons créer un endroit où chacun peut laisser sortir ses émotions sombres et se sentir plus léger ensuite. Ce que l’on ne peut vivre qu’en concert, c’est ce moment où le public nous renvoie les paroles de nos chansons en les chantant. C’est ce qui nous procure les sensations les plus fortes.
Après cette tournée européenne, que souhaiteriez-vous que les personnes qui découvrent can’t be blue pour la première fois retiennent de vous ?
Nous espérons qu’elles se souviendront de nous comme d’un groupe qui chante la tristesse avec sincérité, à travers de nombreuses sonorités différentes. Si quelqu’un se sent un peu moins seul après avoir assisté à notre concert, alors cela nous suffit.
Si vous deviez présenter une seule chanson de votre discographie à quelqu’un qui n’a jamais écouté can’t be blue, laquelle choisiriez-vous et pourquoi ?
blue daisy. Il n’y a pas de raison particulière. C’est simplement la chanson que nous aimons le plus et elle montre le côté coloré du groupe. Elle comporte également un passage où nous interagissons directement avec le public, ce qui en fait un morceau vraiment amusant à jouer.
Pour terminer, avez-vous un message ou quelques mots à adresser à vos fans européens qui viendront vous voir pendant cette tournée ?
Merci de nous avoir attendus. C’est la première fois que nous venons en Europe, et nous sommes à la fois nerveux et impatients. Que vous soyez nombreux ou qu’il n’y ait qu’une seule personne, nous donnerons toujours le meilleur de nous-mêmes. Venez, chantez avec nous et déversons ensemble toutes ces émotions sombres !
Remerciements : can’t be blue & Kinetic Vibe
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