INTERVIEW : L’actrice Kyoko Sait nous parle de son rôle d’idol J-Pop dans le film « Love on Trial »

par Lucile Theffo Defaudais

À l’occasion de la sortie de Love On Trial, présenté en Sélection officielle à Cannes, Kyoko Saito s’impose dans un premier grand rôle aussi audacieux que personnel. Sous la direction de Koji Fukada, elle incarne une idol J-Pop – qui fait écho à son passé dans le groupe Hinatazaka46 – confrontée à un système implacable après avoir enfreint l’interdit fondamental de tomber amoureuse. Inspiré de faits réels, le film explore les dérives d’une industrie où l’image publique prime sur les libertés individuelles. Rencontre exclusive avec une artiste en pleine transition, qui livre ici une performance aussi intense qu’engagée.

Kyoko Sait à l’affiche de Love On Trial, au cinéma en France le 25 mars 2026

Bonjour Kyoko Sato, merci de nous accorder cette interview. Pourriez-vous commencer par vous présenter à nos lecteurs ?

Je m’appelle Kyoko Saito. J’ai eu le bonheur d’incarner Mai Yamaoka, l’héroïne de Love On Trial. Grâce au film, je suis allée à Paris pour la première fois récemment, et c’est une ville absolument magnifique : j’en ressens encore toute l’émotion aujourd’hui.

Avant de devenir actrice, vous avez été idol dans le groupe à succès Hinatazaka46 jusqu’en 2024. Comment cette expérience vous a-t-elle préparée au métier d’actrice ?

J’ai vraiment eu le sentiment que mon parcours d’idol m’a été utile à 100% pour ce film. Sans cette expérience, je n’aurais sans doute jamais reçu ce projet. Et surtout, rencontrer le réalisateur Fukada et toute l’équipe m’a fait réaliser à quel point je suis heureuse d’avoir été idol.

Vous jouez actuellement dans Love On Trial. Dans ce film, vous incarnez Mai, une idol amoureuse dont la vie privée est contrôlée par son agence. Pouvez-vous nous parler du film et du personnage que vous interprétez ?

Au Japon, il existe une règle tacite : « une idol ne doit pas tomber amoureuse ». Et lorsqu’une relation est révélée au grand jour, cela peut aller jusqu’à mettre fin à sa carrière. Le film explore cette réalité. Mai Yamaoka, que j’interprète, tombe amoureuse de son ami d’enfance, Kei Mayama. Lorsque leur relation est rendue publique, son agence décide d’engager une procédure judiciaire contre elle.

Votre rôle dans Love On Trial était-il radicalement différent de ce que vous avez connu dans votre précédente carrière d’idol ?

Bien sûr, le groupe auquel appartient Mai est très différent de celui dont je faisais partie, que ce soit dans son identité, ses couleurs ou son organisation. Mais dans les grandes lignes, on retrouve ce qu’est le métier d’idol. Pour les détails, comme les routines avant les concerts, nous avons travaillé avec le réalisateur en nous appuyant sur mon vécu.

Groupe Happy☆Fanfare sur scène dans Love On Trial ©Art House Films

Cette similitude entre votre passé d’idol et le personnage de Mai a-t-elle été un atout ou un défi pour interpréter le rôle ?

Parce que j’ai moi-même été idol, certains passages ont été particulièrement difficiles à interpréter. Mais j’ai justement cherché à apporter une forme de vérité à travers mon expérience passée. Le sérieux et l’engagement du personnage me semblaient d’ailleurs très proches de ce que j’ai connu.

Y a-t-il une scène du film dont le tournage vous a particulièrement marquée ?

Il s’agit d’une scène de concert de Happy☆Fanfare. Pour le tournage, de véritables fans ont participé comme figurants. Nous étions tous, artistes comme public, dans une situation authentique, ce qui a permis de créer une atmosphère très réaliste.

Love On Trial a été réalisé par Kōji Fukada. Vous a-t-il incité à intégrer votre expérience d’ex-idol dans votre rôle ?

J’ai essayé de m’appuyer sur ce que j’avais acquis en tant qu’idol, tout en faisant disparaître autant que possible l’image que l’on pouvait avoir de moi à cette époque. J’ai veillé à effacer mes anciens codes – coiffure, attitude, personnalité – pour que le public puisse voir uniquement Mai Yamaoka.

Love On Trial explore des thèmes tels que l’amour, le jugement de la société et les aspects négatifs de la célébrité. Qu’est-ce qui vous touche le plus dans le message du film ?

Ce film m’a appris qu’on a le droit d’être soi-même, d’avoir ses propres opinions. Cela m’a donné du courage. Exprimer ce que l’on pense ou s’opposer demande beaucoup de force, mais ce film m’a donné envie, moi aussi, d’avancer à ma manière.

Membres de Happy☆Fanfare dans Love On Trial ©Art House Films

Y a-t-il une scène ou un moment du film qui résume particulièrement bien son message ?

La scène qui symbolise le mieux le film, à mes yeux, est celle où, après l’incident, Mai et Kei roulent sur l’autoroute. Les couleurs des lightsticks d’idols se mêlent aux lumières de la ville. Cette image exprime avec poésie la rencontre entre l’idol et l’amour, une scène à la fois très belle et profondément représentative du film.

Que souhaiteriez-vous que les spectateurs ressentent après avoir vu Love On Trial ?

J’aimerais que ce film donne envie de ne pas rester prisonnier des idées reçues, et de se dire qu’on peut exprimer ses opinions et affirmer sa volonté. Il m’a aussi fait ressentir très fortement l’importance de chérir les personnes proches qui nous soutiennent.

Il s’agit de votre premier rôle principal au cinéma, après plusieurs rôles principaux dans des séries télévisées. Être au centre d’un film est-il très différent d’une série ?

Le cinéma se vit sur grand écran, avec un public qui fait la démarche de venir voir un film. J’ai donc porté une attention particulière aux moindres détails, en jouant avec toute mon énergie pour être à la hauteur. C’était mon premier rôle principal donc j’y ai mis encore plus d’engagement.

Qu’est-ce qui vous attire le plus dans le métier d’actrice par rapport à vos autres expériences artistiques ?

Ce qui me touche le plus, c’est la capacité à émouvoir. Le jeu d’acteur est un art qui peut profondément bouleverser. Parfois, les larmes viennent naturellement. Pouvoir toucher le public à travers son jeu, c’est quelque chose de presque irréel pour un comédien. C’est ce que je recherche à chaque fois que je joue.

Mai et son petit ami Kei dans Love On Trial ©Art House Films

Votre manière de jouer a-t-elle évolué depuis vos débuts dans le monde du spectacle ?

J’ai réalisé qu’il y a un monde entre regarder un film et jouer soi-même. Ce n’est pas seulement une question d’émotions : il faut aussi de la technique. Et je continue d’apprendre chaque jour.

Lorsque vous choisissez un rôle, qu’est-ce qui compte le plus pour vous : le personnage, le scénario, le réalisateur ou le message du projet ?

Tout est important, mais je fais particulièrement confiance à ma première impression face au scénario et au personnage. Chaque film est une rencontre, et je m’y engage pleinement – au point qu’il m’arrive souvent de pleurer à la fin d’un tournage.

Un rôle ou un projet en particulier a-t-il marqué un tournant dans votre style de jeu ?

Love On Trial a été une expérience déterminante. Ma rencontre avec le réalisateur Fukada a changé ma manière d’aborder le jeu. Ce que je recherchais – un jeu naturel – est devenu plus accessible grâce à lui. Ses conseils étaient toujours très justes, et c’est aussi ce qui m’a fait prendre encore plus de plaisir à jouer.

Y a-t-il des acteurs ou des réalisateurs qui vous inspirent et avec lesquels vous rêvez de travailler un jour ?

Le réalisateur que je respecte le plus restera toujours Fukada. Je lui suis profondément reconnaissante de m’avoir confié ce rôle. Côté acteurs, j’aimerais un jour avoir la chance de travailler avec Masami Nagasawa : c’est un objectif qui me pousse à progresser chaque jour.

Quel genre de film ou de série aimeriez-vous particulièrement explorer dans un de vos prochains rôles ?

Mon rêve serait de jouer dans un thriller basé sur des affrontements psychologiques, des jeux d’intelligence et de manipulation. J’aime ces histoires où des personnes brillantes s’affrontent dans un lieu clos, avec des stratégies et des tromperies, jusqu’à ce qu’un seul gagne. J’aimerais être l’un de ces personnages.

Mai et son petit ami Kei dans Love On Trial ©Art House Films

Avez-vous un rêve ou un objectif précis dans votre carrière d’actrice ?

Je voudrais devenir une actrice que tout le monde reconnaît en entendant le nom. J’ai moi-même grandi en admirant certains acteurs, et j’aimerais à mon tour devenir quelqu’un qui inspire les autres.

Qu’est-ce qui vous motive le plus aujourd’hui à continuer de progresser en tant qu’actrice ?

Grâce à la promotion du film, j’ai eu la chance de venir à Paris et de participer à des événements internationaux comme le Festival de Cannes. Chaque expérience a été un immense bonheur, et j’y ai ressenti des choses très différentes du Japon. Cela me motive à travailler chaque jour pour pouvoir repartir à l’étranger… et surtout, revenir à Paris !

Avez-vous un dernier message pour nos lecteurs ?

Love On Trial raconte une histoire profondément liée à la culture des idols japonaises. À Cannes, certaines scènes ont suscité des rires là où il n’y en avait pas au Japon – des réactions différentes, surprenantes et très réjouissantes pour moi. J’espère sincèrement que vous découvrirez ce film en salle.

Remerciements : Kyōko Saitō, Art House Films, Kick Café


Love On Trial

Sortie au cinéma : 25 mars 2026
Durée : 2h03
Synopsis : Jeune idol japonaise, Mai commet l’irréparable : tomber amoureuse malgré l’interdiction formelle sur son contrat. Lorsque sa relation éclate au grand jour, Mai est traînée en justice par son agence…
Cliquez ici pour voir la bande-annonce !


L’actu K! World

Lisez un extrait gratuit du N°50 en cliquant ici !