INTERVIEW : The French Livai, le créateur passé des réseaux sociaux à la K-Pop
par Lucile Theffo Defaudais
Anthony, plus connu sous le pseudonyme The French Livai, est un créateur de contenu français spécialisé dans les cultures asiatiques et la K-Pop. Suivi par près d’un million d’abonnés sur les réseaux sociaux, il s’est imposé comme une figure incontournable de la vulgarisation de la culture coréenne en francophonie, notamment grâce à ses vidéos et son podcast ASIAN TALK. Passionné de musique depuis de nombreuses années, il franchit une nouvelle étape en lançant sa carrière artistique avec son premier single On My Way, un projet inspiré de son expérience. Découvrez son parcours en exclusivité !
Bonjour, merci pour le temps que tu nous accordes ! Peux-tu commencer par te présenter à nos lecteurs ?
Je m’appelle Anthony, et je suis connu sous le nom « The French Livai » ou « aanthonym » sur les réseaux sociaux. Je suis créateur de contenus sur la culture asiatique, auteur du livre Fan de K-Pop aux éditions Larousse, animateur de mon podcast ASIAN TALK mais aussi chanteur pour mes projets en tant qu’artiste indépendant. Sur l’ensemble de mes réseaux sociaux, je suis suivi par un total d’un million d’abonnés à qui j’envoie plein d’amour.
Pour ceux qui te découvrent aujourd’hui, comment présenterais-tu ton parcours en quelques mots ?
Mon parcours est assez intense. Ayant des parents asiatiques, j’ai toujours été confronté à une grande rigueur, que ce soit au niveau des études ou dans ma vie en général. J’ai un Bac +5 dans les métiers du web, et j’ai toujours travaillé sur des projets personnels en parallèle, notamment liés à la vidéo. La première fois que je me suis exposé publiquement, c’était sur YouTube en 2017 mais je n’y voyais aucune vocation professionnelle. J’ai toujours suivi ce que j’aimais faire, qu’importe ce que les autres en pensent ; cela m’a d’ailleurs fait perdre énormément de relations amicales. Plus jeune, je manquais de confiance. J’ai beaucoup travaillé sur moi, mentalement et physiquement, ainsi que sur mes compétences pour devenir une meilleure version de moi-même. Aujourd’hui, je suis heureux d’avoir réalisé l’un de mes rêves, celui de pouvoir vivre de ce que je crée. Je suis aussi invité à de grands festivals mettant en avant la culture asiatique pour faire des concerts et rencontrer ma communauté.
2026 est une année importante pour toi, puisqu’elle marque ton lancement officiel dans la K-Pop. Peux-tu nous parler de tes débuts ?
J’ai commencé à poster mes covers de K-Pop en 2025 et j’ai donné mes premiers concerts dans la foulée. C’est une année qui a été décisive car j’ai pu comprendre énormément de choses sur l’industrie musicale que j’étudiais déjà depuis un moment – composition, mise en scène, mixage, mastering, direction artistique… J’ai eu de très bons retours à ce sujet et pour cette année 2026, j’avais envie de passer au palier supérieur avec mon premier single. Cependant, je ne voulais pas bâcler ce projet, je voulais le réaliser avec des professionnels du milieu en Corée du Sud. J’ai pu travailler sur la musique avec Tae Cho, producteur d’Aiming Music, un label spécialisé dans la K-Pop. Pour le clip, j’ai travaillé avec le directeur vidéo Jo Won-hyuk qui a déjà filmé de nombreux MV d’artistes coréens. Les paroles d’On My Wayexpriment que malgré les critiques des gens, et les difficultés de faire des choix, on peut emprunter son propre chemin. J’ai beaucoup d’expériences personnelles qui sont liées à cette musique et qui ont construit la personne que je suis aujourd’hui.
Qu’est-ce qui t’a poussé à franchir le pas et à débuter en tant qu’artiste ?
En 2024, j’ai rencontré la chanteuse Ai Higuchi, connue pour ses chansons dans l’anime japonais L’Attaque des Titans. Durant cet échange avec elle, je lui expliquais qu’il m’arrivait de chanter pour le plaisir chez moi ou dans d’autres situations du quotidien. Elle m’a alors encouragé à faire mes propres projets musicaux. Mais je garde un souvenir mitigé de cette rencontre, car elle m’a proposé de chanter avec elle et je n’ai pas osé alors que je connaissais les paroles. C’est dommage, car j’aurais dû avoir plus confiance en moi ce jour-là. C’est l’une des raisons pour lesquelles fin 2024, j’ai décidé de me lancer. Étant donné que sur mes réseaux sociaux, je parlais déjà beaucoup de musique asiatique, je me suis dit qu’il était plus logique pour moi de suivre cette ligne directrice qui me passionne en produisant moi-même des titres dans ce style. Je suis souvent invité en convention pour rencontrer ma communauté et animer des scènes, je souhaite aussi être en mesure de proposer quelque chose de plus authentique, qui me ressemble, et continuer de véhiculer des messages inspirants à travers la musique.
Comment est née ta passion pour la culture coréenne et la K-Pop ?
J’ai découvert la K-Pop vers 2009 avec Mystery du groupe BEAST. C’est un ami qui me l’avait envoyé et au départ je trouvais ça étrange et très extravagant pour l’époque. Mais à force d’écouter et de voir les performances du groupe, j’ai adoré et je me suis intéressé davantage à la K-Pop. Je pense que je suis quelqu’un qui aime bien les choses marginales. Quand ça me plaît, peu importe si c’est populaire ou même jugé « bizarre », ça ne m’empêche pas d’accrocher.
Quels artistes ont le plus influencé ton projet musical ?
On My Way est inspiré d’artistes K-Pop que j’écoute comme BTS ou TXT. Mais aussi de solistes de la scène musicale coréenne tels que DEAN, Eric Nam et DPR IAN.
Qu’est-ce qui te séduit particulièrement dans l’industrie K-Pop par rapport à d’autres styles musicaux ?
D’abord, c’est d’avoir une représentation des Asiatiques dans un milieu qui était auparavant très fermé. Plus jeune, j’ai déjà espéré être blanc car je subissais beaucoup de discrimination et que dans les médias, les quelques apparitions des Asiatiques les faisaient passer pour les clowns de service. Je dirais que la beauté au sens large est ce que j’aime le plus dans la K-Pop. Les MV sont impressionnants, les chorégraphies esthétiques, les tenues originales et les idols charismatiques. Le sens esthétique est ce qui caractérise la K-Pop des autres styles. C’est une industrie qui peut être questionnable sur plusieurs aspects mais on ne peut pas lui retirer le fait d’être efficace et de créer de magnifiques projets. En tant qu’homme, ça me fait aussi du bien de me dire que je peux prendre soin de moi sans être jugé avec la pression de la « virilité occidentale », qui n’est pas du tout similaire à celle en Asie.
Quel a été le plus grand défi dans la préparation de ce projet ?
Réussir à caler presque l’intégralité du projet dans une petite fenêtre de tir : un mois. Même si j’ai commencé à travailler dessus début 2026, je suis arrivé à Séoul en avril pour entrer en studio avec le producteur, puis j’ai dû tout coordonner avec le directeur vidéo afin que nous tournions le clip dans les meilleures conditions. Cela a nécessité deux jours de tournage qui ont été assez éprouvants. Il faisait chaud et toute l’équipe s’est levée tôt pour arriver à 4 heures du matin et pouvoir capturer tous les moments de la journée – nuit, lever du soleil, plein jour… Ça a été beaucoup de stress pour savoir si le projet allait pouvoir être finalisé avant mon départ de Corée du Sud ; et puisque je vous en parle aujourd’hui, c’est que la mission est accomplie. Coordonner différentes personnes sur un projet de cette ampleur dans de très courts délais est très stressant, mais l’adrénaline peut aussi nous permettre de devenir efficaces en peu de temps.
Tu t’es lancé en tant qu’artiste indépendant. As-tu cherché à intégrer un label ou était-ce un choix délibéré ?
Je n’ai pas fait de recherches de label, mais je ne suis pas du tout fermé à l’idée. Cela dit, je suis heureux d’être indépendant, car je peux choisir avec qui travailler et gérer la direction artistique. Musicalement, j’aimerais exprimer mon univers tel que je l’imagine. Quand on est indépendant, on doit porter beaucoup de casquettes : écrire des paroles, interpréter la musique, être acteur, s’occuper du design des jaquettes, programmer la musique, planifier et communiquer sur les réseaux sociaux… C’est fatiguant mais très enrichissant. À l’avenir, j’aimerais tout de même m’entourer d’une plus grande équipe.
As-tu suivi une formation particulière en chant, danse ou performance ?
Aussi étonnant que cela puisse paraître, pas tant que ça. Quand j’étais petit, j’ai fait un peu de piano mais cela n’a pas duré longtemps, car en parallèle je faisais des arts martiaux et j’ai dû abandonner le piano par manque de temps. Pour la danse, même si ce n’est pas ma plus grande passion, j’ai beaucoup appris seul. J’ai tout de même pris des cours de danse hip-hop pendant un an. Concernant le chant, j’ai commencé à me former il y a deux ans en regardant beaucoup de tutoriels sur Internet, et j’ai dû prendre une quinzaine de cours de chant en présentiel pour me perfectionner. Au début, je chantais juste pour le plaisir. Je n’ai pas de parents artistes donc malheureusement je n’ai pas été baigné dans cet univers assez tôt dans ma vie, mais c’est une envie que j’ai en moi depuis petit ; seulement je n’osais pas l’exprimer. Je dirais que plus je réalise de projets, plus je m’améliore. Mon premier cover officiel de chant et danse a été Chasing That Feeling de TXT. C’est un bon projet car malgré ses défauts, j’ai beaucoup appris et j’ai pu progresser. Je suis toujours en quête d’amélioration et je reste très humble vis-à-vis des retours constructifs. Je ne veux pas prétendre être un « Jung Kook français » ou quoi que ce soit ! (Rires.) Je veux juste pouvoir exprimer mes pensées et mon cœur à travers la musique.
Quel aspect du métier d’artiste K-Pop est le plus exigeant selon toi ?
Je dirais que c’est de ne pas décevoir. Le public K-Pop est à la fois l’un des meilleurs pour soutenir les projets mais aussi l’un des plus critiques. On peut se faire détruire, voire harceler à la moindre erreur ou imperfection. Donc je dirais que c’est cette partie qui est la plus exigeante, autant en chant, en acting, qu’en communication. D’un côté, cela me pousse à donner le meilleur de moi-même, mais je n’arrive jamais à être totalement satisfait. Par exemple, lors de la première journée de tournage de mon clip, j’étais déçu de ma performance en tant qu’acteur, cependant toute l’équipe m’a félicité.
As-tu découvert des facettes de toi-même que tu ne connaissais pas avant ce projet ?
Oui, notamment que je peux être très efficace en peu de temps. L’enregistrement dema chanson n’a duré qu’une heure et demie en studio car je connaissais déjà bien les paroles et lamélodie. J’ai aussi constaté que je pouvais m’adapter très facilement à un scénarionotamment sur l’aspect clip. Je n’ai quasiment eu aucun raté alors que je n’ai suivi aucuneformation en acting.Ce projet m’a permis de me découvrir en tant qu’artiste et de savoir vers quelle direction j’aienvie de me diriger. Je n’ai pas envie de copier les idols, mais plutôt de m’appuyer sur laK-Pop pour produire ce qui résonne en moi. Cela signifie par exemple qu’il n’y aura pas toutle temps une chorégraphie, le message reste plus important pour moi.Je dirais que lorsqu’on est entouré d’une équipe de travail qui nous met en confiance etavec qui on peut être soi-même, c’est là qu’on arrive à se dépasser et à découvrir denouvelles facettes de notre personne.
Quelles compétences acquises en tant qu’influenceur t’aident aujourd’hui dans ta carrière musicale ?
Grâce à mon métier d’influenceur, je sais de quelle manière j’ai envie de communiquer et de promouvoir ma musique à ma communauté et aux personnes susceptibles de l’apprécier. Cela m’a aussi aidé à filmer des vidéos au format court pour les réseaux sociaux. De nos jours, je sais qu’un seul clip ne suffit pas, il faut être en mesure d’être actif sur toutes les plateformes. En tant que créateur de contenus, je n’ai pas de gêne à me filmer en public. Pour promouvoir ma musique, j’ai chanté dans les rues de Shibuya à Tokyo, avec énormément de gens autour de moi. Oui, il ne faut pas avoir d’anxiété sociale pour le faire ! (Rires.) En somme, je suis mon propre marketing manager.
Ressens-tu une pression particulière parce que ton public te connaît déjà en tant qu’influenceur ?
Oui, malheureusement on vit dans un monde où tout le monde veut mettre une étiquette sur autrui. Alors que paradoxalement, on vit aussi dans ce même monde qui souhaite que les gens n’aient pas d’étiquette. Pourtant de nos jours, énormément de personnes étendent leurs activités : les footballeurs sont mannequins, les idols peuvent être youtubeurs ou animateurs de podcasts, les chanteuses deviennent actrices… Je compte bien persévérer avec mes projets musicaux, sans abandonner la création de contenus. Le plus dur, c’est de se lancer, mais le fait que je continue de sortir des titres ne devrait surprendre personne.
Comment tes abonnés ont-ils réagi lorsque tu as annoncé ton projet musical ?
J’ai une communauté super bienveillante donc les gens étaient excités à l’idée de voir mon projetparaître. Certains comptaient même les heures avant qu’il sorte.Je pense que cela a été plus facile dans mon cas, car je parle de musique asiatique, dont la K-Pop, sur mes réseaux sociaux.
Quel serait ton plus grand objectif à atteindre dans les prochaines années ?
J’avoue que je vis au jour le jour. Dans les prochaines années, j’aimerais continuer les projets que j’ai déjà initiés (création de contenu, podcast, musique) et continuer à bâtir un pont entre la francophonie et l’Asie. J’aimerais aussi m’ouvrir à plus de collaborations, que cela soit avec des créateurs ou des marques.
Rêves-tu de collaborer avec un artiste en particulier ?
Si je collaborais avec Jung Kook de BTS, Ryujin d’ITZY, DPR IAN ou DEAN : ce serait totalement FOU ! Mais je préfère me dire que cela n’arrivera jamais, et si ça arrivait un jour, je serais l’homme le plus heureux de la Terre. (Rires.)
Tu es déjà monté sur scène à l’occasion de festivals. As-tu l’intention d’aller plus loin dans tes ambitions scéniques maintenant que tu es officiellement lancé ?
Si les opportunités se présentent à moi, je répondrai présent bien sûr. J’adorerais pouvoir développer mes propres shows hors convention, faire des premières parties de groupes K-Pop. D’ailleurs, avant mon récent départ en Asie, j’aurais pu avoir une opportunité similaire, mais le timing ne l’a pas permis.
Prépares-tu déjà la suite côté musique ?
Oui, côté musique je réfléchis à ce que je souhaite exprimer dans mes prochaines chansons. Cependant, je ne veux pas qu’elles ressemblent à On My Way. J’aimerais exprimer un côté plus sombre et assumé. Je souhaiterais aussi développer des collaborations mais ce n’est qu’une idée pour le moment. J’aimerais beaucoup pouvoir réaliser ces projets en Asie. Cependant, je ne pourrai y parvenir que si l’engouement autour de mes projets est assez puissant, donc je compte sur vous pour les streamer à fond !
As-tu d’autres projets, même en dehors de la musique, à nous teaser pour la fin de l’année ?
On est déjà à la moitié de l’année donc je ne saispas encore si je pourrai sortir d’autres gros projets. Cependant, si les conditions lepermettent, j’aimerais beaucoup pouvoir proposer un autre titre avant la fin de l’année.
As-tu un dernier petit mot à partager à nos lecteurs ?
Merci de m’avoir soutenu depuis aussi longtemps ! J’ai à maintes reprises changé ma manière de voir les choses et évolué dans mon contenu, mais vous avez toujours su répondre présent. J’espère sincèrement qu’on arrivera à se rencontrer un jour. Je vous souhaite à tous de pouvoir réaliser vos rêves et de vivre selon vos idéaux. Même si personne ne vous soutient et que les choix sont compliqués à faire, croyez en vos rêves, continuez de lire K! World et streamez On My Way !