SM Entertainment, 30 ans de K-Pop, et bien plus encore

par Sidonie C.

Fondée le 14 février 1995 par Lee Soo Man, producteur emblématique, SM Entertainment a trente ans d’existence. Ce n’est pas seulement l’une des agences fondatrices de la vague K-Pop, c’est aussi une institution qui a façonné la culture musicale coréenne et influencé toute une génération de jeunes adultes.

©SM Entertainment

Joyeux anniversaire 

Cette année, pour ses 30 ans, SM dévoile un slogan percutant : « THE CULTURE, THE FUTURE ». Il accompagne un film hommage,THE FUTURE, un concert rétrospectif à Séoul (janvier 2025) et un album collectif anniversaire, 2025 SMTOWN : The Culture, The Future qui regroupe 17 réinterprétations à succès de titres emblématiques par la nouvelle génération d’artistes de l’agence.

Naissance d’un géant visionnaire

Lee Soo Man, diplômé de l’université Northridge de Californie, regagne la Corée du Sud chargé d’ambition, avec comme objectif « la technologie au service de la culture ». Il fonde SM Studio et lance son premier artiste Hyun Jin-young. En 1995, l’agence change de nom et devient SM Entertainment. Le système trainee est posé : recrutement de jeunes talents formés, entraînés afin de constituer des groupes aux concepts et visuels forts, avec des comebacks réguliers. C’est ainsi que l’on découvre H.O.T. premier véritable boy group coréen (1996), puis le groupe féminin S.E.S. (1997). Mais également des artistes solistes, à l’image de BoA (2000). Sous le label japonais AVEX, elle sort son premier album au Japon (Listen to My Heart – 2002). Partenariats internationaux, tournées mondiales, promotion sur les plateformes numériques, SM Entertainment s’impose comme la référence de l’artiste ou groupe « complet » coréen, c’est-à-dire parfaitement calibré pour séduire le public. Elle est la première entreprise de divertissement à entrer sur le marché boursier coréen (2000).

H.O.T. ©SM Entertainment

Une expansion stratégique 

Progressivement, SM Entertainment développe son identité grâce à une empreinte musicale expérimentale, minimaliste, électro-pop et hip-hop. Les clips produits sont très colorés voire psychédéliques, et mettent en scène les concepts marquants de chaque groupe ou soliste. L’expansion à l’international est de mise et les artistes recrutés à l’étranger sont de plus en plus fréquents. La concurrence dans le milieu est rude et l’agence tient à conserver sa place dans le « Big 4 », les quatre plus grandes agences de K-Pop en Corée du Sud. Aujourd’hui, elle occupe la deuxième place derrière HYBE (ex-Big Hit Entertainment), les deux autres étant JYP Entertainment et YG Entertainment. Au fil des années, SM a su diversifier ses activités tant dans la musique, les spectacles en direct (SMTOWN), la production télé, l’édition, le tourisme… Elle crée des filiales ou rachète des sociétés dédiées à ses divertissements variés telle S.M.C&C Co. (S.M. Culture & Contents en 2012, des agences au Japon (2001) et États-Unis (2008) ou encore Label SJ, fondé en 2015 pour manager SUPER JUNIOR à l’occasion de son dixième anniversaire de carrière. La même année, elle ouvre son espace culturel et commercial SMTOWN Coex Artium, à Séoul, fermé depuis et remplacé par la boutique officielle Kwangya, au pied de la tour du label dans le quartier Seoul Forest. En 2021, l’agence fonde également SM Studios dans le but de gérer ses activités non musicales.

Artistes emblématiques

Impossible de parler de SM Entertainment sans évoquer les différentes générations d’artistes.

▶︎ Les pionniers de la 1re génération : H.O.T., S.E.S. ou SHINHWA ont marqué la K-Pop des années 90.

▶︎ Durant la 2e génération, se démarquent : BoA (artiste soliste, 2000), TVXQ! (2003), SUPER JUNIOR (2005), Girls’ Generation (2007), SHINee (2008).

▶︎ Avec les années 2010 vient l’ère des groupes de la 3e et 4e génération : f(x), EXO, Red Velvet, NCT et ses multiples sous-unités, aespa et son « metaverse concept ».

▶︎ Quant à la 5e génération, elle met en lumière des groupes comme RIIZE ou encore Hearts2Hearts, le dernier lancé à ce jour par l’agence.

NCT au complet ©SM Entertainment

L’agence ne se contente pas lancer des artistes, elle bâtit des univers comme NCT et ses sous-unités internationales. NCT est d’ailleurs le plus gros vendeur d’albums de l’agence avec plusieurs dizaines de millions d’exemplaires cumulés pour l’ensemble de ses sous-unités. 

Les groupes aespa (2020) ou encore RIIZE (2023), qui visent un public international tout en respectant les codes du milieu K-Pop (visuels soignés, performances live régulières, merchandising), génèrent eux aussi des chiffres de vente et de streaming très significatifs.

Scandales & gouvernance

Mais dire que tout est parfait serait un euphémisme. Dans l’industrie musicale mainstream, les scandales sont fréquents et SM Entertainment n’y échappe pas. Dès 2009, trois des cinq membres de TVXQ! font un procès à l’agence en dénonçant leur contrat abusif. Après des années de combat juridique, le gouvernement est contraint de prendre des mesures et impose une durée de contrat limitée à sept années pour les idols. 

L’agence doit gérer au fil des ans ruptures de contrats, procès – dont celui d’EXO-CBX qui voit sa conclusion récente avec le départ de Baekhyun, Chen et Xiumin – diffamations diverses telles celles à l’encontre de Seunghan (ex-RIIZE) ou l’affaire de Taeil, membre de NCT, que l’agence exclut en 2024 à cause d’accusations graves (il est finalement condamné à de la prison ferme par la justice en juillet 2025). Cela rappelle que l’image des artistes reste ultra-sensible en Corée du Sud. 

Lee Soo Man ©FRAZER HARRISON/GETTY IMAGES

Mais l’agence n’est pas non plus exemptée d’enquêtes médiatiques sur sa gestion ; en 2019, le fondateur Lee Soo Man est accusé de détournement de fonds. Plus récemment, à la suite d’un conflit de gestion avec le comité de direction, il quitte SM Entertainment et la rumeur dit qu’il vend une partie de ses actions à HYBE. Finalement, c’est Kakao, partenaire stratégique, qui en fait l’acquisition. En 2024, Lee Soo Man cède ses actions restantes à HYBE, et n’a désormais plus de lien avec SM Entertainment.

Ce genre de bataille d’actionnariat est très médiatisé et débouche souvent sur des affaires judiciaires et enquêtes impliquant tiers et dirigeants.

Malgré tout, l’agence montre qu’elle a bien l’intention de poursuivre sa route de la musique, et elle n’est pas qu’un simple label ; SM Entertainment tient aussi à rester une référence culturelle majeure en Corée du Sud.


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